Poèmes publiés en September, 2009

Sixième continent

Sunday, September 20th, 2009

Sixième continent

Le manque
Vide arborescent
Qui me casse comme du bois mort
Quand la princesse éveillée
Pleure celui qui dort

Dévorée de toutes parts
Mes chansons sont des remords
Mes poésies des larmes
Nourries dans mon corps

Les autres me manquent
Comme on manque d’inspiration
Le mur en face est une page fermée
Où sont inscrits les noms
De ceux qui m’ont oubliée

L’étendue des peines
Se mesure au cœur carré
Au fond du mien il y a des combles
Que rien ne vient combler

L’imaginaire est suffisant
Pour parcourir le tour du monde
Mais l’amour est un sixième continent
Où marcher ne mène qu’à soi

Les sourires sont des glaces
Qui fondent sur mes lèvres tristes
Les bêtises et les grimaces sont des masques
Qui abritent ou qui se brisent

Où sont-ils ces endroits sans barreaux
Où nous pourrions êtres honnêtes
Où nous enlèverions nos chapeaux
Qui couvrent nos têtes bêtes

Je voudrais trouver un endroit
Où la vérité serait partout
Un havre où les oiseaux seraient ivres
Et les hommes libres d’être fous.

Août 2003

Dieu s’appelle Michel

Sunday, September 20th, 2009

Dieu s’appelle Michel

Le premier plan fond
Se figeant dans l’espace
Le décor en papier glace
S’étend sur la mer retirée

La pluie soleilleuse crache des arcs-en-ciel
Et maquille la baie de deux sourcils
Dont le Mont forme la pupille
Eveille le Saint sommeilleux
Planté dans l’iris sablonneuse

Sur la berge les passants
Se sont arrêtés
Dans l’instant lumineux

Leur tête pointe un nez
Fier entre leurs yeux
Précipités vers le ciel
Comme des suicidés heureux

Nous partageons l’illusion
Éphémère
D’avoir touché l’éternel
D’avoir trouvé Dieu

Dieu s’appelle…
Michel.

Août 2006

Eros fatum

Sunday, September 20th, 2009

Eros fatum

Brutalisée par le dégoût
Qu’imprègne en moi l’idée d’une mort
Inachevante
Je sers des lendemains de déroute
De désespoir me serrant à la gorge
A l’aube exaltante
L’air encore chaud de notre agape
Sent l’irrémédiable qui vient
Ce qui n’est pas advenu est aussi
Ce qui nous emporte
Cher amant et amour, inexorable étranger
Ferme donc les yeux sur cette fatalité
Et derrière toi la porte.

Décembre 2008

Apnée

Sunday, September 20th, 2009

Apnée

Je m’enferme dans ma poitrine
Je coffre mon souffle, clos mes yeux
Plonge au sein de l’aqueuse machine
Nage, creuse dans l’eau bleue
Je crache mon amour tuberculeux
Je râle, je vocifère
Dans le ventre de cet artefact de mer
M’époumone jusqu’à la dopamine
Jusqu’à devenir un poisson
Hier je te taillais encore la pine
Ce matin tout est déréliction
Tu m’as abandonnée, recalée
Et je m’étourdis de plus bel
Hier encore tu mangeais ma cyprine
Ce matin j’avale la trace des autres dans cette piscine
Je leur appartiens de nouveau, sirène au milieu des veaux
Si malheureuse, si soulagée
Enfin la grande apnée.

Juillet 2008

Les animaux ne l’ont pas

Sunday, September 20th, 2009

Les animaux ne l’ont pas

Je n’ai pas trente ans
Et je me sens déjà mourir
Je croyais poursuivre la mort, mais en réalité
Je baignais dans l’illusion de l’immortalité.
Vingt-huit ans. Je t’ai rencontré.
Tu as redéfini l’avant
Tu as brandi l’après.
En tuant l’enfant
Tu as généré la globalité
Je n’étais qu’un commencement
Dans tes yeux j’ai pris forme
Tu m’as délimitée.
Je vais mourir
Maintenant je le sais
Il n’y aura plus rien d’innocent jamais.
Les minutes mises à nu
Ont sorti leurs outils
Elles ne se fardent plus d’innocuité.
J’ai peur d’elles
Et plus de peine à vivre
Les jours et les choix sont moins faciles
Quand on sait le déterminant et le limité.
Paradoxe insoluble de l’humaine destinée
Je peux agir sur tout, même sur les conditions de ma propre fin
Je peux la programmer, me l’infliger, voire la repousser
Mais je ne peux pas y échapper.
Peut-être faut-il vouloir mourir avec quelqu’un
Pour prendre conscience de sa propre mort
Darwin aurait donc tort.

Juillet 2008

Octobre ascendant

Sunday, September 20th, 2009

Octobre ascendant

Assise aux pieds d’un mur profond
Sur le cul d’un wagon ligne B
Je prends le ciel en considération
Bleu enfin c’est le mois de février

Claque géante de l’azur
Sur ma figure démesurée
Comme une caresse combien violente
Lumière éjaculée

J’imagine…

Indolente épure :
Sur une pierre brûlante
Un corps de sylphe nu
Sur la grève gisant
Offerte aux marées
Elle prélasse sa nubilité

L’inventant, c’est pour la dévorer
Et t’en affamer
Je rentre aux pores
De l’ingénue
Et toi tu viens jeter l’ancre
Dans mon cul.

Février 2008

Poésie des trains

Sunday, September 20th, 2009

Poésie des trains

Dans ce paysage qui défile
Tu es l’élément persistant
Comme une impression de jaune à midi
De vieux rose au couchant
Tu impressionnes chaque cellule de mes yeux
Chaque horizon au fond de ma rétine
Ouvre sur nous deux
L’espace n’a de limite que notre corps à corps prochain
Chaque heure d’autre but que sa propre fin
Je ne peux plus lire d’autres mots
Que ceux que nous écrivons
Tous les autres sont vains
Puisque vides de notre amour
Une pensée point de loin en loin
Tout ce qui n’est pas Nous est passé
Tout ce qui est Nous est toujours.

Octobre 2007

Dernier Acte

Sunday, September 20th, 2009

Dernier Acte

Mon amour
Réveille le jour
Ouvre des boîtes molles
Emplies de merveilles
S’ouvrant aux rêves, s’envolent.

La poésie est un décor mouvant
S’habillant au gré de toi
Dans le plus désinvolte dénuement
Joue le jeu à poil
Pute ingénue, mon enfant.

Ton amour
Fait tomber le jour
La salle s’obscurcit
Le rideau s’ouvre gaiement.

Notre amour
Se hisse sur la scène
Plus jamais n’en descend.

Septembre 2007

Nature de mon amour

Sunday, September 20th, 2009

Nature de mon amour

Dans cette course à l’invention j’entrevois sans fin je considère le rond je creuse Je vais vers le mieux pour le mien Je ne t’attends pas je me poursuis J’implose je m’éparpille je me rassemble au gré du vent de mes amants réconciliés en toi Tous autant qu’ils sont morts tu les définis tu te précises tu me réussis me rends complice à moi-même Je n’ai plus la nausée matinale du je t’aime reproduit dans mon ventre infécond J’en suis devenue militante et je psalmodie ton être comme une religion Que je veux critique et exégète hérétique en dedans Nul ne m’inspire plus d’encore que ta queue bien en rang Une armée de marées de jus de pénis d’écume de cuisses que je veux porter comme une mer Jamais amarrés Nous dériverons cent ans.

Septembre 2007

Les mots ronds

Sunday, September 20th, 2009

Les mots ronds

Sur le fil de tes mots
je bribe d’imagination
tes éclats de génie
jalousent mon rire

Une émotion jaune
éclot dans une ombre
c’est une jouvencelle
une dame métaphore
qui déploie son ombrelle

Sur elle tombe un soleil
malade, violaçant ma page
d’une couleur sublime
brisée dans tes rimes

Féconde dans un vers
c’est l’expérience du monde
contenue toute entière
dans la rondeur des mots.

Août 2007